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GIMP retouche photo : la méthode d'une photographe

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GIMP retouche photo : la méthode d'une photographe

GIMP est un logiciel de retouche photo gratuit et libre, disponible sur Windows, macOS et Linux. Il recadre, redresse, corrige l’exposition, ajuste les couleurs, efface un élément gênant et exporte pour le web. Sa contrepartie : les calques, les masques et le format XCF demandent quelques heures d’apprentissage avant de retoucher vite.

Ce que GIMP réussit sur une photo, et ce qu’il laisse de côté

Le projet a démarré en janvier 1996 avec la version 0.54, écrite par Spencer Kimball et Peter Mattis à l’université de Californie à Berkeley. Trois décennies plus tard, le logiciel est publié sous licence GNU GPL et développé par des bénévoles, sans édition payante ni abonnement. Cette gratuité totale explique qu’il revienne dans toutes les discussions dès qu’un budget logiciel se resserre.

Sur une image, le socle de la retouche photo y est complet :

  • le recadrage avec guides de composition et le redressement d’un horizon de travers ;
  • les niveaux, les courbes et l’exposition, globalement ou canal par canal ;
  • la balance des blancs, la saturation, la teinte et la correction sélective d’une couleur ;
  • la retouche locale au correcteur, au tampon de clonage et aux outils de densité ;
  • les calques, les masques de calque et les modes de fusion, sans limite de nombre ;
  • l’export vers JPEG, PNG, TIFF et WebP, avec réglage fin de la compression.

La version 2.10, sortie en 2018, avait basculé le moteur sur GEGL et ouvert le travail en 16 et 32 bits par canal, en nombre entier ou flottant, en espace linéaire ou corrigé gamma. Pour un portrait développé depuis un RAW, cette précision change tout : les dégradés de peau ne se cassent plus quand vous poussez une courbe un peu fort.

Deux jalons récents comptent pour un photographe. GIMP 3.0, publiée le 16 mars 2025, a introduit l’édition non destructive des filtres, première depuis 2018. GIMP 3.2 a suivi le 14 mars 2026 avec les calques liés et les calques vectoriels ; la version stable annoncée sur le site du projet est la 3.2.4, datée du 19 avril 2026.

Reste ce que le logiciel ne fait pas, autant le savoir avant d’installer :

  • il n’ouvre pas les fichiers RAW seul, il délègue le dématriçage à darktable ou RawTherapee ;
  • il ne gère aucun catalogue : pas de bibliothèque, pas de notes, pas de mots-clés, pas de tri par séance ;
  • il travaille nativement en RVB, le CMJN se limite à une simulation par profil ICC, insuffisante pour un imprimeur exigeant ;
  • aucune version officielle pour Android n’existe, les applications du Play Store qui portent ce nom sont des portages tiers ou des homonymes.

Mains d’une photographe comparant des tirages sur une table claire

Installer GIMP et lui donner vos fichiers

Installer ce logiciel de retouche prend cinq minutes, à condition de le récupérer sur gimp.org, le site du projet, et nulle part ailleurs. Les paquets rapatriés depuis des annuaires de téléchargement arrivent parfois accompagnés d’un installeur maison. Windows, macOS et Linux ont chacun leur version, les Mac à puce Apple Silicon compris.

L’interface s’installe dans la langue du système. Si elle s’obstine en anglais, le réglage vit dans Édition, Préférences, Interface, Langue, puis un redémarrage applique le changement. Rien à acheter, rien à activer, aucun compte à créer : la différence avec une suite par abonnement se voit dès le premier lancement.

Un réglage mérite dix secondes dès l’ouverture : Fenêtres, puis Mode fenêtre unique. Sans lui, la boîte à outils, l’image et le panneau des calques flottent dans trois fenêtres séparées. Cet héritage historique déroute la moitié des débutants et fait passer le logiciel pour plus hostile qu’il ne l’est.

Le détour obligatoire par le RAW

Avant de retoucher une photo issue d’un boîtier réflex ou hybride, il y a le dématriçage. GIMP ne développe pas les fichiers RAW lui-même : il passe la main à un logiciel externe, darktable en version 1.7 minimum ou RawTherapee en 5.2 minimum, selon la documentation du projet.

Deux chemins fonctionnent en pratique :

  • glisser le RAW dans GIMP : darktable s’ouvre, vous développez, vous fermez, l’image développée atterrit dans GIMP ;
  • développer d’abord dans RawTherapee, exporter en TIFF 16 bits, puis ouvrir ce TIFF dans GIMP.

Le second chemin paraît plus lourd, il est nettement plus lisible. Il sépare le développement, où vous décidez de l’exposition générale et de la balance des blancs, de la retouche pixel, où vous corrigez ce qui subsiste. Cette frontière évite de refaire dix fois le même réglage à deux endroits différents.

Retoucher un portrait avec GIMP : le flux pas à pas

Le flux d’une retouche photo de portrait tient en sept gestes, toujours dans cet ordre. L’ordre n’est pas cosmétique : retoucher la peau avant de recadrer revient à soigner des pixels que vous allez jeter à l’étape suivante.

  1. Ouvrir le fichier développé et dupliquer le calque de fond, pour garder un original intact sous la pile.
  2. Recadrer et redresser, puisque le cadrage définitif conditionne tout le reste.
  3. Corriger la densité aux niveaux, puis affiner le modelé aux courbes.
  4. Ajuster la couleur : dominante résiduelle, saturation mesurée, tons chair.
  5. Retoucher localement : imperfection passagère, poussière de capteur, mèche rebelle.
  6. Effacer les éléments gênants de l’arrière-plan.
  7. Renforcer la netteté, puis exporter au format et à la taille de destination.

Entre chaque étape, enregistrez en XCF. Ce format natif conserve la pile de calques, les masques, les chemins et les sélections mémorisées. Un JPEG exporté n’en garde rien : il aplatit tout, définitivement.

Recadrer et redresser avant de toucher aux couleurs

L’outil Découpage affiche des guides de composition directement dans le cadre, dont la grille en tiers. Pratique pour replacer un regard sur un point fort plutôt qu’au centre exact, logique développée dans l’article consacré à la règle des tiers.

Pour un horizon de travers ou un mur qui penche, l’outil Mesure fait le travail seul. Tracez une ligne le long de ce qui devrait être droit, puis cliquez sur Redresser : depuis la version 2.10.4, le logiciel calcule l’angle et fait pivoter le calque. La documentation officielle précise que ce bouton accepte aussi bien une référence horizontale qu’une verticale, ce qui sauve les façades photographiées en contre-plongée légère.

Exposition, niveaux et courbes

Les Niveaux règlent les trois points de l’histogramme : le noir, le gris moyen, le blanc. Ramenez les curseurs d’extrémité au pied de la courbe et l’image retrouve sa densité, sans écrêter les hautes lumières. Un ciel brûlé ne revient jamais ; un ciel un peu clair se rattrape.

Les Courbes viennent ensuite, pour le modelé. Une légère forme en S renforce le contraste tout en préservant du détail dans les ombres. Sur un visage, travaillez par petites touches : deux points suffisent, un troisième déforme vite les tons chair. Et si le fichier sort franchement sous-exposé de la prise de vue, la marge de rattrapage dépend surtout des réglages du boîtier, sujet détaillé dans le triangle d’exposition.

Plan de travail éclairé par une fenêtre avec tirages photo et tablette graphique

Calques et masques, là où le logiciel demande de l’apprentissage

C’est ici que la retouche photo devient sérieuse, et c’est aussi l’étape qui décourage. Un calque est une feuille transparente empilée sur l’image. Un masque de calque est un cache en niveaux de gris qui décide, pixel par pixel, où ce calque agit : le noir masque, le blanc révèle, le gris dose.

Le principe tient en une phrase : peignez sur le masque, jamais sur l’image. Vous voulez éclaircir un visage sans toucher au fond ? Ajoutez un calque de correction, appliquez-lui un masque noir, puis peignez en blanc sur le visage à la brosse douce. Le geste reste réversible indéfiniment, et une erreur se corrige en repassant du noir.

Depuis GIMP 3.0, les filtres GEGL courants s’appliquent de façon non destructive. Ils apparaissent sous le calque concerné dans le panneau des calques, via le menu Fx. Vous les désactivez d’un clic sur l’icône en forme d’œil, vous les rééditez en double-cliquant, vous les réordonnez par glisser-déposer, vous leur appliquez un masque pour limiter leur portée. Cette réversibilité manquait cruellement aux versions antérieures, où un filtre validé était gravé dans les pixels.

Superposer deux images obéit à la même logique. Ouvrez la première, glissez la seconde par-dessus : elle devient un calque. Réglez son opacité, testez les modes de fusion, affinez la transition au masque. Un mode Lumière tamisée à faible opacité suffit souvent à poser une texture sans écraser le sujet.

Trois habitudes évitent les catastrophes :

  • nommer chaque calque, sinon la pile devient illisible passé cinq éléments ;
  • grouper par intention, les corrections globales d’un côté, les retouches locales de l’autre ;
  • laisser le calque de fond intact et verrouillé, comme filet de sécurité.

Effacer un élément gênant sans laisser de trace

Une prise électrique derrière l’épaule, une poussière de capteur dans un ciel uni, un panneau au fond du cadre : c’est ce que beaucoup attendent d’un logiciel de retouche. Deux outils voisins s’en chargent, à ne pas confondre.

Le Tampon de clonage recopie une zone source à l’identique. Vous maintenez Ctrl et vous cliquez sur une zone saine pour la définir comme source, puis vous peignez sur le défaut. Redoutable sur une texture régulière : un mur, un tissu, un feuillage, un sol uniforme.

Le Correcteur travaille autrement. Il emprunte la texture de la source mais conserve la luminosité et la couleur de la zone corrigée. Sur une peau, la différence saute aux yeux : le tampon laisse une tache visible là où le correcteur se fond dans le grain existant.

Quelques règles de terrain, apprises en réparant mes propres bavures :

  • travailler sur un calque vide dédié, avec l’échantillonnage réglé sur tous les calques ;
  • choisir une brosse à bord flou, à peine plus grande que le défaut à couvrir ;
  • changer souvent de zone source, sinon un motif répété trahit l’intervention ;
  • juger à 100 % de zoom, jamais à 50 % où tout paraît propre.

Sur un portrait, la retenue prime. Gardez les grains de beauté, les rides fines, la texture de peau. Ce partage entre corriger et effacer fait toute la différence entre une image soignée et un visage de synthèse, arbitrage détaillé dans l’article sur la retouche photo confiée à un photographe.

Pile de tirages photo posée près d’une tasse sur un bureau calme

Exporter : le web et le tirage ne demandent pas la même chose

Le piège qui perd le plus de débutants tient en une ligne : Fichier, puis Enregistrer produit un XCF, et rien d’autre. Pour obtenir un JPEG, un PNG ou un WebP, passez par Fichier, Exporter sous, ou le raccourci Ctrl+Maj+E. Le format se déduit de l’extension que vous tapez dans le nom du fichier.

Pour le web, l’enchaînement tient en trois gestes :

  • redimensionner par Image, Échelle et taille de l’image, en visant la largeur d’affichage réelle ;
  • convertir le profil en sRVB, sinon les couleurs dérivent dans certains navigateurs ;
  • exporter en WebP ou en JPEG, curseur de qualité autour de 80.

Le WebP mérite le détour. La documentation officielle du format, publiée par Google, annonce des images 25 à 34 % plus légères qu’un JPEG comparable à qualité perçue équivalente. GIMP l’exporte nativement, avec une case sans perte pour les cas exigeants. Cette étape clôt toute retouche photo destinée à un site ou à un réseau social.

Pour un tirage, la logique s’inverse : aucune réduction de taille, export en TIFF ou en JPEG de qualité maximale, et respect du profil colorimétrique demandé par le laboratoire. La conversion CMJN reste le maillon faible du logiciel, qui édite en RVB et se contente de simuler le rendu presse par profil ICC. Un tirage à enjeu se prépare donc autrement, comme le décrit le flux d’une retouche photo professionnelle.

Prochaine étape

Prenez un portrait déjà développé et faites le parcours complet d’une traite : duplication du fond, recadrage, niveaux, courbes, un masque, un passage au correcteur, un export WebP. Comptez trente minutes la première fois, dix la cinquième. Refaites l’exercice sur cinq images d’une même série, en gardant les mêmes réglages de base pour garantir la cohérence de la série. C’est cette répétition, bien plus que les tutoriels, qui rend une retouche photo rapide et régulière.

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